Pleins feux Alain Françon



Alain Françon est stéphanois.

Fils d’une mère dactylo et d’un père mineur, qui travaillait au puits Villiers sur la Plaine Achille, il a grandi dans le quartier du Soleil où sa grand-mère tenait un bistrot. Son grand-père faisait ses huit heures à la manufacture de cycles avant d’enchaîner sur le travail au bistrot.
Sa découverte du théâtre s’est faite ici, à Saint-Étienne avec des compagnons de route comme Evelyne Didi, André Marcon et une prof de philo du Lycée de filles, Huguette Bouchardeau.

Son retour à La Comédie, après vingt ans d’absence, est donc un événement.

Pas seulement parce que, depuis, il est devenu ce qu’on appelle un « maître » arpentant notamment les textes de ses quatre auteurs fétiches : Tchekhov, Ibsen, Vinaver et Bond ; mais justement parce que Françon entretient un rapport très intime à notre ville et à ses habitants.

Alain Françon est un modeste, un amoureux du texte, détestant l’artifice et la surenchère. Il aime les acteurs, leur grâce, leur risque sur le plateau. Fuyant toute psychologie inutile et décorative, il travaille les textes comme des partitions, y traque nos contradictions et nos fragilités d’humains,
y cherche le rythme et le souffle de la langue.

Sa création coproduite par La Comédie s’appelle Les Gens, pièce inédite de l’auteur britannique Edward Bond. Quel plus beau titre pour celui qui, derrière son regard mélancolique et sa voix basse, s’intéresse précisément à ses contemporains.

Françon rencontre Bond à Cambridge dans les années 90. Il dirige alors le Théâtre national de la Colline à Paris. Vite fasciné, il est aussi dérouté par cette écriture très puissante. Il lui dira : « Quand je lis vos pièces, je crois d’abord avoir compris, puis, à la minute suivante, rien compris du tout. Je suis complètement décentré. » Bond l’écoute. Cinq jours plus tard, Françon reçoit une lettre de trente pages intitulée « le Centre ».

Dans le journal Libération, qui lui a consacré l’année dernière un portrait en 4ème de couverture, Françon décrit l’univers
de Bond : « Des situations extrêmes, dans lesquelles la violence faite aux personnages est extrême, et dont ces personnages doivent sortir en faisant des gestes qui créent de nouvelles situations, et changent le monde. »

Transmetteur, Alain Françon dirigera aussi le premier atelier d’interprétation des élèves de 3ème année de notre École supérieure d’Art dramatique (promotion 25). Ils exploreront ensemble l’oeuvre d’Anton Tchekhov. Leurs travaux feront
l’objet de présentations publiques à l’occasion de la Fête du Livre.


+ Rencontre publique mardi 28 janvier / 19 h / L'Usine / entrée libre sur réservation